Rodin

Synthèse multimédia rédigée par Olivier Deshayes.
Ce sujet est inscrit au programme de l’enseignement des arts plastiques, enseignement de spécialité, série L, en classe de terminale.

Mis à jour le mercredi 31 août 2016 , par DURO Cécile

L’étude de Rodin est inscrite, à partir de 2017 et pour trois ans, au programme d’enseignement de spécialité d’arts plastiques au choix, en série littéraire, au titre des œuvres et thèmes de référence du baccalauréat.

À l’aube de XXe siècle, Auguste Rodin initie un mouvement révolutionnaire plaçant le travail créateur et l’expérimentation au centre du questionnement de l’art. La modernité du sculpteur est de ce point de vue atypique. Elle réside dans des procédés de création totalement novateurs. Fragmentations, assemblages, agrandissements, inachèvements intentionnels en constituent les éléments essentiels. Cette modernité soutient également une magistrale réflexion sur le statut du socle et une utilisation non moins remarquable de la photographie que l’artiste intègre à la fabrique de l’œuvre.
L’activité de Rodin autour de l’expérimentation est fondamentale. Elle transforme son atelier en véritable laboratoire où s’élaborent des figures en constante métamorphose. Elle s’exprime aussi dans le dessin : s’ils ne sont pas directement liés au travail sculptural de l’artiste, ses dessins acquièrent le statut d’œuvres à part entière par leur liberté d’expression et leur audace formelle.

Cette synthèse multimédia :

offre des clés de lecture pour accompagner professeurs et élèves dans une réflexion commune et partagée autour de quelques questions fondamentales inhérentes à l’art d’Auguste Rodin. Les ruptures plastiques qu’il opère dans son temps, le projet esthétique qu’il porte et finit par imposer renvoient à un espace du sensible totalement inédit ;
articule la question centrale du cycle terminal de l’enseignement de spécialité – l’œuvre – à la problématique de ce qui fait œuvre. En effet, s’il est aisé de parler de la production d’une œuvre en général, il est plus difficile de l’inscrire dans un processus global de création qui fait sens.

Conçue pour répondre aux attendus du programme d’arts plastiques, cette synthèse interroge en premier lieu les conditions d’invention, de production et de réception de l’œuvre sculpté de Rodin. En dernière partie, elle ouvre des perspectives plus larges sur d’autres productions des XXe et XXIe siècles qui s’affranchissent, elles aussi, des conventions de leur temps.

Repères biographiques

1840 : Auguste Rodin naît à Paris la même année que les écrivains Émile Zola et Alphonse Daudet, les peintres Odilon Redon et Claude Monet et le compositeur russe Piotr Ilitch Tchaïkovski.

1857 : Après avoir suivi les cours de l’École spéciale de dessin et de mathématiques, fréquenté le musée du Louvre où il dessine d’après l’antique et la manufacture des Gobelins où il apprend le nu, Rodin tente d’entrer à l’École des beaux-arts en 1857. C’est un échec. Il récidive au concours d’entrée à deux reprises avec le même insuccès. En 1864, il rencontre Antoine-Louis Barye, sculpteur renommé pour ses œuvres animalières, chez qui il prend des cours.

1869 : Pour subvenir à ses besoins, il effectue des travaux décoratifs et travaille comme assistant (1864-1872) auprès d’Albert-Ernest Carrier-Belleuse. Ses tout premiers travaux reflètent les goûts et les pratiques académiques de l’époque. La façade du Théâtre des Gobelins, qu’il réalise en 1869 à Paris, est caractéristique de cet art décoratif encouragé par les grands travaux d’urbanisme du préfet de la Seine, le baron Haussmann.

1871 : Rodin suit son patron Carrier-Belleuse à Bruxelles. Durant un séjour de six ans, il exécute principalement des travaux de sculpture décorative monumentale publique et privée. C’est aussi durant cette période qu’il crée ses premières œuvres majeures telles que L’Homme au nez cassé (1864-1865).

1876 : Il effectue un voyage en Italie où il étudie l’œuvre de Michel-Ange.

1877 : Dans un contexte artistique où s’impose en France un autre grand nom de la sculpture du Second Empire – Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875) –, Rodin parvient à se faire remarquer avec la statue L’Âge d’airain (1877) présentée à Bruxelles et à Paris. Mais c’est par le scandale qu’il parvient à cette notoriété ; il est en effet accusé, à tort, d’une pratique courante et économique dans la statuaire : le moulage sur nature.

1880 : En réaction au dénigrement dont il est l’objet, il réalise un Saint Jean-Baptiste à une échelle légèrement plus grande que l’échelle humaine. C’est également en 1880 que démarre officiellement sa carrière avec la commande par l’État français du portail du nouveau musée des Arts décoratifs. S’inspirant de La Divine Comédie de Dante Alighieri et des Fleurs du Mal de Charles Baudelaire, l’œuvre, qui deviendra la monumentale Porte de l’Enfer, occupera le sculpteur toute sa vie. Devant comporter près de 200 figures, elle n’est jamais livrée, le musée des Arts décoratifs s’installant finalement en 1905 dans l’aile Marsan du Louvre.

1882-1883 : Rodin réalise en 1882 les figures d’Adam, d’Ève et du Penseur. Ornant initialement La Porte de l’Enfer, Le Penseur devient une œuvre autonome. Exposé isolément en 1888, il est agrandi en 1904. L’image du créateur méditant sur son œuvre suscite un enthousiasme général en 1906, date à laquelle il est placé devant le Panthéon.
Rodin rencontre la sculptrice Camille Claudel (1864-1943) en 1883. Elle devient son assistante, son modèle, sa maîtresse.

1884-1885 : La ville de Calais souhaite ériger un monument commémoratif à Eustache de Saint-Pierre qui sauva la cité durant la Guerre de Cent Ans. Plusieurs projets et sculpteurs sont pressentis. Rodin ne reçoit la commande qu’en 1884. Si le monument n’est pas refusé officiellement en 1885 par les édiles calaisiens, ceux-ci souhaitent toutefois que Rodin transforme son projet. Après la faillite de la banque qui détenait le montant de la souscription, le sculpteur, libéré des contraintes financières, poursuit l’œuvre suivant sa libre interprétation. Le Monument des Bourgeois de Calais ne sera inauguré qu’en 1895 à Calais en présence de l’artiste. Le groupe sculpté est remarquable en ce qu’il présente pour la première fois un ensemble monumental non pyramidal – les six personnages sont au même niveau – et témoigne une recherche d’individualisation – chaque bourgeois exprime un sentiment différent.

1888 : L’État lui passe commande du Baiser, à l’origine Paolo et Francesca, personnages de La Divine Comédie. Exécutée en marbre pour l’Exposition universelle de 1889, la sculpture ne sera livrée qu’en 1898.

1889 : Une rétrospective Monet-Rodin a lieu à la galerie Georges Petit à Paris. Monet expose 70 toiles, Rodin 36 sculptures dont des plâtres et des études. L’artiste montre pour la première fois Les Bourgeois de Calais.

1890 : Son projet de Monument à Victor Hugo pour le Panthéon (Hugo assis) est refusé. La commission lui demande de revoir sa maquette. Après plusieurs versions marquant de nombreuses évolutions, le Monument à Victor Hugo est déclaré terminé en 1906 et installé provisoirement en 1909 dans les jardins du Palais-Royal. En 1890-1891, Rodin travaille à un second projet de monument (Hugo debout) pour le Panthéon.

1891 : La Société des gens de lettres, présidée par Émile Zola, passe commande à Rodin d’une sculpture d’Honoré de Balzac. L’élaboration se révèle difficile : le sculpteur peine à trouver la forme qui caractérise le mieux le génie visionnaire de l’auteur de La Comédie humaine.

1893 : Rodin emménage à Meudon, en région parisienne, dans la villa des Brillants et y installe son atelier. Antoine Bourdelle y devient l’un de ses praticiens.

1898 : Rodin présente sa version définitive du Balzac au salon du Champ-de-Mars. La Société des gens de lettres refuse le plâtre commandé sept ans plus tôt, ne « reconnaissant pas » Balzac. Une solution semble être trouvée mais Rodin renonce à la souscription pour la fonte du bronze lancée au profit de la ville de Paris par ses amis et reprend son œuvre. La première fonte intervient seulement en 1939 et prend place au carrefour Vavin à Paris.

1900 : La Belle Époque s’impose avec l’Exposition universelle de Paris. Cette manifestation accueille au Champ-de-Mars 83 000 exposants et près de 50 millions de visiteurs, venus du monde entier.
Rodin choisit d’exposer en marge de l’exposition 150 sculptures, des dessins, des photographies et des plâtres, dans un pavillon personnel, place de l’Alma. Cette première rétrospective de toute sa carrière est un succès : de nombreux musées lui achètent ses œuvres. Pour cette manifestation, Rodin montre sa Porte de l’Enfer, présentée sans les figures en forte saillie.

Cette période (1900-1909) marque l’apogée de sa gloire. En 1900, l’atelier de Meudon emploie une cinquantaine d’ouvriers. La répartition du travail est hiérarchisée.

Son organisation est assurée par une stricte coordination entre :

tailleurs,
modeleurs,
mouleurs,
metteurs au point,
marbriers à façon,
praticiens,
estampeurs,
ornemanistes,
agrandisseurs,
assistants,
collaborateurs.

La production de l’atelier, aux dimensions d’une petite entreprise, est intense. Elle permet à Rodin d’honorer les nombreuses commandes qui lui sont passées depuis les années 1890, période à laquelle il conquiert une véritable notoriété.

1906 : Exposition coloniale de Marseille. Rodin exécute une série de dessins aquarellés d’après les danseuses khmères (Cambodge).

1908 : Installation à l’hôtel Biron qui accueille déjà des artistes tels que Jean Cocteau, Henri Matisse, Rainer Maria Rilke ou la chorégraphe Isadora Duncan.

1914-1917 : Rodin fuit la Première Guerre mondiale et part en Angleterre, puis à Rome. Afin d’abriter ses collections (bronzes, plâtres, antiques), le sculpteur propose de céder tout son œuvre à l’État en contrepartie de la transformation de l’hôtel particulier en musée. En 1916, Rodin fait trois donations successives à l’État. Il meurt à Meudon le 17 novembre 1917 à la villa des Brillants.

1919 : Ouverture du musée Rodin à Paris.

1948 : Ouverture du musée Rodin à Meudon.

2012 : Rénovation du musée Rodin (Paris), partiellement fermé.

2015 : Réouverture du musée Rodin.

Pistes de réflexion autour de l’œuvre de Rodin
Rodin chercheur

Conséquence d’une expérience de plus de soixante-dix ans, l’esthétique de Rodin procède avant tout d’un processus de création jamais achevé. Celui-ci s’affirme comme une manière expérimentale – radicalement novatrice – de s’approprier et d’interpréter :

l’espace,
le modelé,
les surfaces,
l’architecture des formes,
les équilibres plastiques,
les vides et les pleins,
les ombres et les lumières,
le mouvement.

Elle résulte d’une constante recherche sur la matière dont le travail créatif consiste à :

fragmenter, découper,
mutiler,
modifier,
réutiliser, recycler,
composer, décomposer, recomposer,
varier l’échelle, modifier les proportions,
juxtaposer,
combiner,
assembler,
détourner,
renverser des éléments (en plâtre le plus souvent) provenant de figures multiples de projets antérieurs, ou à rendre autonome un fragment faisant à l’origine partie d’un ensemble.

Reproduits par moulage et déclinés en multiples variantes, de nouveaux groupes prennent forme par assemblages de figures formant des unités plastiques autonomes.
De ce point de vue, le passage de Rodin dans l’atelier de Carrier-Belleuse est déterminant. Il est initié au procédé des « abattis », qui consiste à utiliser des moulages d’éléments indépendants (torses, jambes, bras, mains, pieds…) afin de mettre au point des postures. Il y apprend aussi à éliminer tout ce qui ne lui paraît pas nécessaire à l’expression de la plus stricte vérité.
Le pantographe pour sculpteur qui permet de travailler plus vite que la traditionnelle technique des trois compas (instrument formé de tiges articulées qui sert à reproduire, à réduire ou à agrandir un dessin) offre à Rodin la possibilité de passer à l’échelle monumentale. À la fin des années 1890, il fait procéder à l’agrandissement de certaines de ses figures. C’est ainsi que du Monument à Victor Hugo naissent La Voix intérieure et Iris, messagère des dieux dont la pose audacieuse n’est pas sans rappeler L’Origine du monde du peintre Gustave Courbet. Pour le sculpteur, l’agrandissement est une expérience fondamentale dans le processus de création. Le passage à l’échelle monumentale métamorphose l’œuvre ; il renforce sa dimension plastique, lui confère une puissance d’expression sans commune mesure. Difficile et complexe techniquement, l’opération est laissée aux soins de praticiens chevronnés, mais toujours sous la surveillance et la responsabilité du maître.
Reprises ultérieures, assemblages et agrandissements deviennent ainsi les signes d’une constante expérimentation du créateur, renouvelant la pratique et le langage de la sculpture et introduisant des gestes artistiques novateurs.
Mais cette capacité d’invention plastique, manifestement antiacadémique, n’est pas comprise. Les œuvres commandées ne correspondent pas à l’attente des contemporains de Rodin, habitués aux conventions d’une période d’intense statuomanie et de sculpture industrielle.

Statuomanie : nombre croissant de statues et de bustes érigés dans l’espace public sous la monarchie de Juillet et la troisième République. Jugée envahissante, cette inflation d’œuvres conventionnelles, parfois médiocres, a pris le nom péjoratif de « statuomanie ».

Le statut du fragment dans les assemblages de Rodin

Le commentaire qu’Hippolyte Taine (H. Taine, Philosophie de l’art, (1865), Paris, Librairie Hachette, 13e éd. 1909) consacre à la nature de l’œuvre exprime une conception où les liens que tissent les parties entre elles garantissent l’« efficace » de l’œuvre. Pour ce faire, le philosophe enjoint aux artistes « l’imitation » comme principe essentiel de l’art. Mais imitation n’est pas reproduction scrupuleuse de la nature : elle est libre interprétation, modification, voire altération si nécessaire.
Les assemblages de Rodin répondent précisément à cette définition. L’assemblage désigne une méthode de création propre à Rodin qui, dès les années 1880, compose de nouvelles œuvres en réutilisant totalement ou partiellement une ou plusieurs de ses sculptures, qu’il combine parfois avec des objets de sa collection – voire plus exceptionnellement avec des végétaux.

L’aléa peut faire partie intégrante de cette démarche artistique, qui produit de nouvelles sculptures selon les opérations plastiques suivantes :

mutilation,
morcellement,
fragmentation,
assemblage,
combinaison,
agrandissement,
recomposition.

Rodin prend soin de placer les fragments suivant des accords inédits. Il organise différemment ce qu’il désorganise et accorde des ensembles a priori discordants. Agrégés selon une conception radicalement novatrice, ici les fragments font œuvre : le masque en plâtre de Camille Claudel relié à la main gauche de Pierre de Wissant en est l’un des exemples les plus significatifs.
Les assemblages ouvrent aussi la question du procès intenté à l’imagination. Chez Rodin, il n’y a pas d’ailleurs irreprésentable car supposé manquant. Tout réside dans un donné-là de la perception. La sculpture d’assemblage se présente comme une entité autonome et « autoréférentielle » : débris, morceaux et fragments recomposés ne sont plus perçus comme une totalité perdue à laquelle ils ne renvoient pas.
Rendant visite à Auguste Rodin en 1902 dans son atelier de Meudon, Rainer Maria Rilke s’émerveille du spectacle de centaines de fragments de nus, de dimensions différentes, déposés çà et là dans l’atelier. Tout en soulignant l’étrangeté due à l’assemblage de morceaux de diverses origines, il exprime ce paradoxe singulier : « Pourtant, mieux on regarde, plus profondément on ressent que tout cela serait moins entier si chaque figure l’était. » (R. M. Rilke, « Lettre à Clara Rilke, 2 sept. 1902 », in Correspondance, Œuvre 3, Paris, Seuil, 1976, p. 25-26)
Cette remarque s’inscrit sur le mode d’une perte revendiquée. La logique du travail créateur affirme la cohérence d’un système que Rodin porte au plus haut niveau de la création artistique.

Fini vs non fini

La question de l’inachèvement de la sculpture de Rodin renvoie à celle du « fini » dans le champ de la peinture à la même époque. Le sujet est du reste abordé par Rodin lui-même dans ses entretiens avec Paul Gsell, qui enjoint aux jeunes artistes de subordonner la maîtrise de la technique à la seule interprétation de l’idée. La conception du maître de Meudon n’est pas nouvelle, mais elle prend, durant tout le XIXe siècle, une importance particulière au regard de l’académisme puis du pompiérisme.
Le « fini » méticuleux passe aux yeux des critiques pour l’expression la plus affirmée de l’art bourgeois. Pour Théophile Gautier, la facture d’un fini parfait au service du sujet est en effet inséparable de la mentalité, de l’idéologie, du goût et de la culture de la bourgeoisie.
Pour les adversaires du fini (Alexandre Dumas, Charles-Augustin Sainte-Beuve, Alexandre-Gabriel Decamps, Théophile Thoré-Bürger…), il n’est qu’un trompe-l’œil faisant écran à un art sans poésie ni lyrisme. S’il peut exprimer une séduction visuelle, il ne sert en revanche ni l’originalité ni le beau. Car la mission de l’art n’est plus d’imiter fidèlement la nature : il s’agit dorénavant d’exprimer le génie de l’artiste.
Au-delà des polémiques que suscite l’exécution minutieuse, le débat pose la question des limites du fini et celle, par conséquent, de savoir si une œuvre n’est jamais terminée.

Il invite à réfléchir sur l’une des idées majeures de la création du XIXe siècle qui scinde artificiellement l’art en deux domaines irréconciliables :

l’académisme, comme représentation d’un monde idéalisé, d’une part ;
l’antiacadémisme s’émancipant de la tutelle du visible par une perception personnelle, d’autre part.

Dans les années 1890, à l’époque où sa production de marbre est en plein essor, Rodin prend le parti de conserver volontairement pour un même sujet des parties très abouties et d’autres laissées inachevées. La figure paraît ainsi émerger du bloc dont une partie est laissée brute. Ce nouveau langage de la matière impose un travail des matériaux jamais vu auparavant dans la sculpture. Ce style très particulier, appelé « rendu d’expression », devient la « marque » du sculpteur.
L’inclination de Rodin pour le non finito, l’inachevé, traduit chez lui une liberté créatrice. Ce travail sur les matériaux dans leurs dimensions d’ébauche signe une rupture majeure avec les codes esthétiques. Se libérant de l’effet de réel obtenu par un modelé et un polissage des formes, Rodin opte délibérément pour une œuvre qui traduit sa pensée, telle qu’il la conçoit.
La modernité du sculpteur se révèle dans :

l’émancipation d’un langage plastique codifié ;
la création d’une grammaire de formes inédites et d’une syntaxe non moins audacieuse.

Dans une culture contemporaine obsédée par la question du visible, les traces laissées apparentes dans la matière ne peuvent que conforter la fascination du spectateur pour l’œuvre de Rodin. Cette dimension de l’inachèvement est à mettre en perspective avec la popularité du sculpteur, aujourd’hui connu et admiré dans le monde entier.
À l’examen de la création de Rodin, il est en effet aisé de mesurer combien la réception de son œuvre est liée à l’histoire des goûts. Plus enclin à apprécier une étude ébauchée à son résultat achevé, le public d’aujourd’hui confirme le déplacement des sensibilités. Ces changements accompagnent une autre manière de percevoir le monde poétique de la création.

La question du socle

Le support est une donnée inséparable de la statuaire. Jusqu’aux XIXe et XXe siècles, le piédestal de la sculpture monumentale sert à magnifier les commandes publiques. La mise en valeur d’un personnage célèbre par le piédouche ou d’une allégorie par un socle sculpté a toujours eu pour dessein de lui conférer une valeur ajoutée. La statuaire sans piédestal n’est du reste pas concevable, qu’elle soit prévue pour s’intégrer dans un cadre bâti ou pour orner un espace public.
Rodin renouvelle totalement le rôle et la place du socle dans l’histoire de la sculpture monumentale publique et celle d’ordre privé. Fruit d’une réflexion et d’un long processus de recherches, d’incertitudes, d’essais, le socle, pour Rodin, renforce l’impact de la figure. Dans les dernières années, il devient de plus en plus présent au point de fusionner avec le sujet représenté. Rodin accentue le phénomène, faisant du socle un élément disproportionné par rapport au sujet sculpté. Cet effet, voulu et assumé, atteint son paroxysme avec La Terre et la Lune (1900-1901) ou avec Mozart (1911).
Dans une perspective différente, Rodin présente, lors de sa rétrospective en 1900, des groupes et des figures sur des colonnes de plâtre. Le renouvellement des rapports d’échelle est une surprise pour le public. Plus qu’une mise en scène, il s’agit d’une présentation défiant les conventions et renouvelant l’appréhension de l’œuvre par le spectateur. Pas plus que l’aspect inachevé ou fragmentaire de ses sculptures, la remise en question du socle n’est comprise par ses contemporains.
Déjà pour Les Bourgeois de Calais, Rodin interrogeait la présence même du socle : il souhaitait les placer presque au niveau du sol. Mais il finit par accepter, non sans difficulté, le massif piédestal de pierre entouré d’une grille qui isole les héros calaisiens.

Les enjeux de la photographie

Rodin a compris très tôt l’intérêt majeur de ce nouveau médium, dont le rôle et la place dans son œuvre témoignent des enjeux esthétiques.
Entrant au plus profond des processus de création, la photographie est aussi un vecteur publicitaire et ce, dès 1870. Grand collectionneur, Rodin archive environ 7 000 photographies. Le fonds est hétérogène. Il peut néanmoins être classé en trois catégories d’usages distincts :

les clichés documentaires que se réserve Rodin ;
les reproductions de ses sculptures par des photographes, amateurs ou professionnels, destinées aux commanditaires et à la diffusion de son œuvre dans les revues artistiques ;
les tirages photographiques sur lesquels Rodin intervient directement au crayon, à la plume ou à l’encre.

Le médium photographique ne témoigne donc pas seulement des états successifs des sculptures que l’artiste modifie constamment. Pas plus qu’il ne peut se résumer à une œuvre d’interprétation. Utilisée comme un outil documentaire, la photographie permet à Rodin de retravailler ses productions au cœur même du processus créateur.

Perspectives et pratiques de la sculpture contemporaine

Il est difficile d’établir les filiations de Rodin, tant la diversité de ses démarches plastiques exprime une innovation sans précédent. Lui trouver des devanciers comme des héritiers dans la grande histoire de la sculpture est une gageure. L’art de Rodin s’impose comme une référence unique. N’ayant eu réellement ni maîtres ni héritiers, Rodin se situe en marge des ascendances et des descendances artistiques.

Sa création, il la doit à une continuelle recherche, un travail acharné, des expérimentations sans fin. Et c’est bien ainsi que les artistes, bien après lui, ont compris l’esthétique du maître de Meudon. Il est possible néanmoins de faire dialoguer sa sculpture avec d’autres productions, dont certaines nous sont contemporaines.

Les plasticiens proposés ici mettent en évidence des points de convergence avec l’œuvre de Rodin, qu’il convient d’interroger à la lumière des enjeux de la sculpture contemporaine. Certains d’entre eux font explicitement référence à son œuvre qu’ils interprètent et détournent de manière très libre.

Henri Matisse, Le Serf (1900)
Aristide Maillol, La Vénus sans bras (1922)
Henri Matisse, Tiari (Le Tiaré) (1930)
Alberto Giacometti, Figures I, II, III, IV, V, VI (vers 1945)
Yves Klein, Sculpture éponge (1961)
Allan McCollum, Perfect vehicules (1985-1987)
Christina Kubisch, Die Konferenz der Bäume (1989)
Gloria Friedmann, Envoyé spécial (1995)
Kcho, La Conversation (2004)
Véronique Joumard, Solarium (2006)
Liz Larner, Tramontane (2008)
Rachel Kneebone :
• The Descent (2008)
• Still Life Triptych (2011)
• The Paradise of Despair (2011)
Arlene Shechet, My Balzac (2010)
Cooke-Sasseville, De l’eau sur le feu (2015, Beauport, Canada)
Nathan Sawaya, Le Penseur (Lego®, 2016, coll. de l’artiste)

Artistes-plasticiens contemporains en vidéos :

Nathan Sawaya, exposition « The Art of the Brick » et exposition Rodin à Zagreb, Croatie (11 min 39 s)
Quayola, Matter, 3d, 2012, Royal Oak, New-York (3 min 07 s)
Rachel Kneebone, Regarding Rodin, Brooklyn Museum. (Rachel Kneebone discusses her work and Rodin’s influence) (1 min 39 s)
Wilfredo Prieto, The artist project (Wilfredo Prieto on Auguste Rodin’s sculptures) (2 min 53 s)

RODIN ET LES MÉDIAS CONTEMPORAINS

Rodin apparaît régulièrement dans l’actualité artistique et culturelle relayée par les médias radio et télévisés. Les documents audio et vidéo présentés ici sont caractérisés par leur diversité. Ils s’adressent pour certains au grand public, pour d’autres à un public plus averti. Dans tous les cas, ils engagent à réfléchir aux rôles que jouent les médias dans la diffusion de l’œuvre de Rodin, et à la place qu’ils occupent dans la conscience collective, entretenant l’image du plus célèbre des sculpteurs français. À noter que certaines vidéos qui suivent apparaissent plusieurs fois mais dans des rubriques différentes : elles peuvent effectivement être appréhendées au travers du prisme des différentes thématiques retenues.
Complémentaire de la culture éclairée (thèses, colloques, publications scientifiques…), la culture accessible par ces nouveaux supports permet aussi de comprendre les enjeux des plans médias et des campagnes de communication dans la réception de l’œuvre de Rodin, constituant l’une des œuvres les plus populaires de l’histoire de la sculpture.
S’inscrivant dans une éducation aux médias et à l’information, en lien avec la question du programme, l’étude de ces ressources concourt à :

distinguer et exploiter les représentations, populaires et savantes, véhiculées par les médias ;
s’interroger sur l’influence respective des médias audio et vidéo ;
développer une conscience critique de l’environnement documentaire et informationnel ;
maîtriser une démarche de recherche documentaire en vue d’un travail personnel.

Le marché de l’art

Une épreuve du Baiser de Rodin vendue 2,2 millions d’euros (1 min 52 s)
Un Rodin aux enchères à Rouen (2 min 04 s)
260 000 euros pour un bronze de Rodin (0 min 24 s)
Le Monument à Balzac, livré par Auguste Rodin en 1893, mais inauguré à Paris en 1939 seulement (2 min)
Un bronze unique de Rodin donné à un musée de Lausanne
Un buste de Rodin volé dans un musée de Copenhague

Focus sur une œuvre

Modeler, mouler, modifier, compléter : le Balzac de Rodin, de l’esquisse au grand modèle (38 min)
Le Penseur de Rodin : les clés d’une énigme (2 min 17 s)
260 000 euros pour un bronze de Rodin (0 min 24 s)
À Calais, les Bourgeois attirent le touriste (1 min 55 s)
Exposition : La Vénus de Rodin de retour à Arles (1 min 24 s)
Rodin dans le cadre de l’exposition « L’homme nu » au Musée d’Orsay, 2013
(5 min 36 s)
Ugolin et ses enfants d’Auguste Rodin (59 min 45 s)

Le non fini

Auguste Rodin (58 min)
Auguste Rodin ou l’esthétique de l’inachèvement, 1840-1917 (59 min 35 s)

Matières et matériaux

Auguste Rodin (58 min)
Visite du musée Rodin : « Le sujet de la sculpture chez Rodin, c’est le matériau » (27 min)
Les plâtres de Rodin redécouverts (28 min)
Visite sonore de l’exposition « Rodin, le laboratoire de la création » (5 min 12 s)
Meudon, l’autre musée Rodin, visite en photos
Techniques de la sculpture (musée Rodin)

Rodin intime

Derniers jours pour découvrir l’exposition « Camille Claudel » au Musée Rodin
(1 min 39 s)
Une exposition Camille Claudel à l’hôpital psychiatrique où elle a fini sa vie
(1 min 39 s)
Limoges : Camille Claudel à l’avant-garde du féminisme (1 min 48 s)
La maison Rodin de Meudon, dans l’intimité du sculpteur (2 min 40 s)
Rodin et les lieux qui ont fait la France dans la curiosité (20 min 06 s)
Auguste Rodin (58 min)
Mégalo, lâche et prêt à tout pour séduire, Auguste Rodin ? : extrait de la causerie de Francis Jourdain sur Auguste Rodin, 16 juin 1947 (2 min 13 s)
Rodin à Giverny par De Decker (1 min 35 s)

Les grandes commandes

Une épreuve du Baiser de Rodin vendue 2,2 millions d’euros (1 min 52 s)
Le Penseur de Rodin : les clés d’une énigme (2 min 17 s)
À Calais, les Bourgeois attirent le touriste (1 min 55 s)
Auguste Rodin (58 min)
Le Monument à Balzac, livré par Auguste Rodin en 1893, mais inauguré à Paris en 1939 seulement (2 min)
Ugolin et ses enfants d’Auguste Rodin (59 min 45 s)

Rodin précurseur

Rodin dialogue avec l’antique à Paris (1 min 33 s)
Hommage à Carrier-Belleuse, le maître de Rodin au Palais Impérial de Compiègne (2 min 24 s)
Auguste Rodin (58 min)
Visite du musée Rodin : « Le sujet de la sculpture chez Rodin, c’est le matériau » (27 min)
Visite sonore de l’exposition « Rodin, le laboratoire de la création » (5 min 12 s)
Les cinq œuvres de Rodin qui ont choqué ses contemporains

Musées et lieux marquants

Musée Rodin : première visite au milieu des préparatifs (3 min 47 s)
Le public découvre le musée Rodin rénové (2 min 30 s)
À Calais, les Bourgeois attirent le touriste (1 min 55 s)
Derniers jours pour découvrir l’exposition « Camille Claudel » au Musée Rodin
(1 min 39 s)
La maison Rodin de Meudon, dans l’intimité du sculpteur (2 min 40 s)
Rodin dans le cadre de l’exposition « L’homme nu » au Musée d’Orsay, 2013
(5 min 36 s)
Auguste Rodin (58 min)
Visite du musée Rodin : « Le sujet de la sculpture chez Rodin, c’est le matériau » (27 min)
L’hôtel Biron, musée Rodin de Paris rénové (1 min)
Les plâtres de Rodin redécouverts (28 min)
Visite sonore de l’exposition « Rodin, le laboratoire de la création » (5 min 12 s)
Un buste de Rodin volé dans un musée de Copenhague
Meudon, l’autre musée Rodin, visite en photos
L’hôtel Biron, en travaux, expose les marbres de Rodin

L’Antique

Rodin dialogue avec l’antique à Paris (1 min 33 s)
Exposition : La Vénus de Rodin de retour à Arles (1 min 24 s)
Auguste Rodin (58 min)

Dans l’entourage de Rodin

Hommage à Carrier-Belleuse, le maître de Rodin au Palais Impérial de Compiègne (2 min 24 s)
Derniers jours pour découvrir l’exposition « Camille Claudel » au Musée Rodin
(1 min 39 s)
Une exposition Camille Claudel à l’hôpital psychiatrique où elle a fini sa vie
(1 min 39 s)
Limoges : Camille Claudel à l’avant-garde du féminisme (1 min 48 s)

Biographie

Rodin et les lieux qui ont fait la France dans la curiosité (20 min 06 s)
Auguste Rodin (58 min)
Mégalo, lâche et prêt à tout pour séduire, Auguste Rodin ? : extrait de la causerie de Francis Jourdain sur Auguste Rodin, 16 juin 1947 (2 min 13 s)

Sitographie
Musées et Galeries

Musée Rodin (Paris)
Musée d’Orsay (Paris)
Rodin Museum (Philadelphie)
Rodin Gallery (Séoul)
Musée préfectoral de Shizuoka (Japon)
Collection Cantor (USA)
Musée des beaux-arts (Lyon)
Albertinum Staadtliche Kunstammlungen (Dresde)
Museo nacional de Bellas Artes (Buenos Aires)
Art Gallery of South (Australie)
Ny Carlsberg Glyptotek (Danemark)
National Gallery of Art (Washington)
Hirshhorn Museum and Sculpture Garden (Washington)
MoMA (New York)
Harvard University Art Museums (Cambridge, USA)
The Cleveland Museum of Art (Cleveland)
The Brooklyn Museum
Museum of Fine Arts (Boston)
The Fine Arts Museums of San Francisco, California Palace of the Legion of Honor
Tate Gallery (Londres)
The National Museum of Western Art (Japon)
Los Angeles County Museum (USA)
Kunsthaus (Zürich)
Musée Faure (Aix-les-Bains)

Autres ressources

BnF (Bibliothèque nationale de France)
Accès direct aux ressources « Rodin »
L’histoire par l’image
Accès direct aux ressources « Rodin »
INA (Institut national de l’audiovisuel)
Accès direct aux ressources « Rodin »
« Ces œuvres de Rodin qui ont fait le tour du monde ». Une carte Google maps indique les divers lieux dans le monde où trouver des œuvres de Rodin.
Ressources interactives : Les Surgissantes. Exploration des arts par le web.
Accès direct aux ressources « Rodin »
Xavier Richer (photographe), Rodin 2017 : alchimies intimes
L’agence photo de la Réunion des musées nationaux : les œuvres inachevées
Techniques de la sculpture (musée Rodin)

Actualité artistique
Paris

Musée Rodin

Carte blanche à Anselm Kiefer, artiste invité au musée Rodin (14 mars au 22 octobre 2017).
Anniversaire en 2018 de l’ouverture au public en 1948 de l’atelier Rodin à Meudon.
Anniversaire en 2019 de l’ouverture au public en 1919 du musée Rodin à Paris.

Galeries nationales du Grand Palais

Rodin, l’exposition du Centenaire, 20 mars au 31 juillet 2017
L’exposition pose un regard nouveau sur cet artiste protéiforme, convoquant ses collectionneurs ou encore les artistes de son temps comme Carpeaux, Bourdelle, Claudel, Brancusi, Picasso ou Richier, donnant ainsi à voir et à comprendre la puissance de son génie.
Exposition organisée par la Réunion des musées nationaux – Grand Palais et le musée Rodin, Paris.

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